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Cette question est exactement celle que nous nous posions au sujet
de notre Hôpital Brugmann. L'exposé de cette réflexion
s'inscrit dans la minute de chauvinisme et d'autosatisfaction, qu'à
titre exceptionnel, on peut ici s'accorder.
Nous sommes en 1907, l'Hôpital Saint-Jean et l'Hôpital
Saint-Pierre sont obsolètes, le Conseil des Hospices désigne
l'architecte Victor HORTA pour construire un nouvel hôpital
en bordure de la Ville. Victor Horta est le créateur de l'architecture
Art Nouveau et le créateur d'une uvre qui figure sur
le même podium que l'Acropole d'Athènes et les temples
égyptiens.
En un mois Horta propose une trentaine de variantes de projets d'ensembles.
Il dessine donc un hôpital de 1.280 lits, finalement ramené
à 700 lits pour des raisons déjà budgétaires.
En 1911, la première pierre, en 1923 l'ouverture aux malades.
L'Hôpital Saint-Jean est effectivement désaffecté
et ultérieurement démoli.
L'éventualité de désaffecter l'Hôpital
Saint-Pierre crée une polémique effroyable. Il est
donc reconstruit in situ en 1935 et reconstruit in situ une nouvelle
fois aujourd'hui.
Horta consomme moins de la moitié des 18 hectares, le solde
est progressivement occupé par l'Institut de Psychiatrie,
l'Hôpital des Enfants, la Fondation pour la Recherche Médicale
Reine Elisabeth et d'innombrables excroissances qui abritent la
prolifération des nouvelles techniques médicales.
Début des années 1970, le site est saturé,
les améliorations ponctuelles ont atteint leurs limites et
le site doit se remettre en question.
Loin de cet hôpital s'élève un gigantesque hôpital
militaire : le transfert pur et simple de toute l'activité
de l'Hôpital Brugmann dans ce bâtiment hospitalier militaire
a été mené de façon approfondie. Cette
idée a été abandonnée, compte tenu de
la perspective de ne pas voir la patientèle suivre sur un
autre site et compte tenu également des coûts d'adaptation
de cet hôpital militaire.
Le C.P.A.S. lance donc un concours d'architecture en vue de sélectionner
un plan d'ensemble de restructuration. Le programme comporte des
directives simples :
1. sauvegarder l'investissement récent du quartier opératoire,
2. mettre la maternité au contact de l'Hôpital des
Enfants,
3. sauvegarder et mettre en valeur l'uvre de Horta.
Là aussi on reçoit une dizaine de projets du plus
invasif ou moins invasif, du plus fonctionnel au moins fonctionnel,
y compris un hôpital aérien. Le projet retenu par le
jury est le projet de l'Architecte Philippe SAMYN qui jusqu'alors
n'a jamais construit d'hôpital.
Ce projet se signale par sa logique et sa simplicité, au
point où qu'on se demanderait a posteriori comment d'aucuns
ont pu imaginer autre chose. Les secteurs à contrainte architecturale
majeure sont regroupés dans les constructions neuves, essentiellement
l'hébergement, reliées par des coursives, entre le
quartier opératoire et l'Hôpital des Enfants.
La composition de Horta sera dégagée de sa gangue
de toute sorte et recevra les programmes les plus flexibles. Il
n'y a plus qu'à le faire. Les travaux sont en cours avec
l'accord unanime des autorités d'urbanisme et des monuments
et sites. Restent évidemment quelques problèmes budgétaires
qui accompagnent tout projet hospitalier, j'imagine partout. Comme
tout processus de restructuration d'un hôpital in situ, ce
projet comporte une servitude lourde qui est de devoir s'exécuter
en phases successives de façon à sauvegarder à
tout moment l'ensemble des services et fonctionnalités offerts
au public.
Cela amène trois souffrances différentes mais qui
s'additionnent :
- il faut concevoir de 4 à 5 hôpitaux différents
complets et fonctionnels qui se succèderont ;
- il faut vivre et pratiquer les soins pendant une dizaine d'années
dans un chantier permanent ;
- au lieu de se battre une bonne fois pour obtenir le financement,
il faut se battre pendant 10 ans pour obtenir et conserver le financement.
Si j'ai dit en introduction que cet exposé était notre
instant de chauvinisme et d'autosatisfaction, je me permets de conclure
en disant que je le pense vraiment.
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