DISCOURS
DE CLOTURE
Alain
LHOSTIS, adjoint au maire de Paris, chargé de la santé
et des relations avec l'AP-HP, Président suppléant
du Conseil d'administration de l'AP-HP
Bonsoir,
Il me revient le privilège d’être le dernier
intervenant de deux journées de partage et d’échange
à l’échelle européenne sur le présent
et l’avenir du patrimoine hospitalier.
Je suis, en tant qu’adjoint au maire de Paris, en charge des
affaires de santé à la ville comme à l’hôpital,
puisque je préside le conseil d’administration de l’Assistance
Publique. Je suis très heureux que cette rencontre ait eu
lieu dans notre cité, où le nouvel exécutif
municipal ambitionne de répondre aux attentes des parisiens
et des parisiennes qui rêvent d’une manière différente
de vivre dans la cité.
Le thème de vos travaux y revêt d’ailleurs une
actualité immédiate, puisque trois de nos établissements
ont fermé à l’occasion de l’ouverture
de l’hôpital européen Georges Pompidou, et sont
en train d’évoluer vers de nouveaux projets très
axés sur la satisfaction de besoins collectifs (structures
d’enseignement, activités médico-sociales, pôle
de médecine de santé publique).
Parallèlement, je viens de relancer les travaux de réflexion
prospective de notre institution, au travers du débat sur
le plan stratégique de l’Assistance Publique-Hôpitaux
de Paris.
Ce grand groupe hospitalier est confronté aux évolutions
médicales et démographiques, à la nécessité
de mettre en cohérence ses activités par la constitution
de pôles forts de médecine et de chirurgie, articulant
les établissements autour d’équipements lourds,
mais aussi de répondre aux besoins d’une population
de proximité, qui n’accepte plus de subir les délais
d’attentes dans nos services d’urgence, ainsi que les
dysfonctionnements d’une visibilité immédiate
relatifs aux conditions de prise en charge de nos personnes âgées.
Nous avons le souci de contribuer à la construction d’un
hôpital du XXIème siècle qui devienne rapidement
une réalité tangible au service de nos usagers, auxquels
nous devons pouvoir offrir non seulement l’excellence qui
fait la renommée nationale et internationale de notre groupe
hospitalier, mais aussi dans le quotidien, l’hospitalité
à tous ceux et celles qui se présentent aux portes
de nos établissements.
Il est donc, à mon sens, très important pour les décideurs
publics qu’il y ait une prise de conscience collective des
enjeux relatifs aux questions patrimoniales hospitalières,
de l’ampleur de nos responsabilités. Il importe que
les problématiques soient mises à la portée
de tous, afin de connaître pour mieux comprendre.
Pour construire un avenir, il faut avoir la mémoire d’une
histoire, source d’une culture commune. Réfléchir
sur l’hôpital d’hier, c’est aussi préparer
l’hôpital de demain et ses missions futures.
Celui-ci aura sans doute besoin dans nos grandes métropoles
de grandes emprises qui hébergeront des pôles médicaux
très techniques, très denses, très spécialisés
et localisés à des points stratégiques du territoire,
en cœur de bassin de vie.
Dans le même temps, la ville ne pourra se passer d’espaces
hospitaliers de proximité, moins médicalisés,
plus généralistes, à l’échelle
humaine, de taille plus réduite, plus dispersés mais
plus intégrés au tissu urbain (maison des adolescents,
appartements thérapeutiques).
Pour la nouvelle équipe municipale parisienne, il est capital
que l’hôpital préserve sa dimension de lieu d’accueil,
ouvert sur son environnement, et inséré dans la vie
de la cité, agissant en interaction avec elle.
L’hôpital a, de plus, un rôle de premier recours
et de tête de réseau pour une orientation et un accompagnement
progressif vers les institutions et les professionnels de santé.
Cette approche permettra seule de désengorger nos services
d’urgence actuellement submergés.
Il se doit également aujourd’hui d’apporter sa
contribution à la résolution des problématiques
sociales de la ville qui se reflètent en lui, et notamment
aux dispositifs d’insertion, aux actions conduites dans le
bassin d’emploi, à la défense des préoccupations
écologiques de la cité (tri sélectif des déchets,
qualité de l’eau, prévention de l’infection,
choix des sources optimales d’énergie).
Pour suivre cette évolution, il faudra une fois encore que
les emprises hospitalières, les bâtiments hospitaliers
s’adaptent, se reconfigurent, se redistribuent sur les sites
existants ou sur de nouveaux sites, dans les bâtiments anciens
ou sur de nouvelles constructions.
Ainsi, l’hôpital va libérer en plein cœur
des villes des espaces, des bâtiments qui devront retrouver
une nouvelle affectation, un nouvel usage. Il recèle un patrimoine,
d’une rare qualité pour les villes, que les collectivités
territoriales ne peuvent ignorer.
De par leur localisation plus que centenaire, les anciens hôpitaux
sont les lieux par excellence du renouvellement urbain. De par leur
histoire et la taille de leur emprise, ils sont aussi une des rares
occasions de recréer de la centralité.
Il appartiendra aux décideurs, aux bâtisseurs, aux
penseurs d’organiser, dans l’espace, la nouvelle plate-forme
d’échanges et de soins spécialisés, ainsi
que la maison d’accueil de proximité centrée
sur une prise en charge globale de l’individu dans sa complexité.
Nous devons choisir les traces que nous lèguerons tout en
acceptant d’en faire disparaître. Affecter, désaffecter,
réaffecter, nous permettra de traduire dans l’espace
les mutations de la société, tout en veillant à
ce que l’hôpital demeure un espace d’humanité,
lieu de veille lieu de vie.
Si le savoir-faire demeure indispensable, s’ajoute à
cela le faire savoir. La valeur d’un patrimoine réside
aussi dans sa capacité à répondre aux attentes
d’une société dans son besoin de symbole, de
fondement, de reconnaissance, de capacité à transmettre.
Cette aptitude à communiquer n’est pas forcément
partagée. Il est pourtant capital de donner à voir
de la culture, de l’art, de l’histoire, à l’hôpital.
L’image de l’hôpital reste encore empreinte d’une
dimension assez négative liée à l’angoisse
de la maladie, de la douleur, de la mort. Les hôpitaux sont
porteurs de problématiques sociétales majeures : la
vie, la mort, le lien social et la santé publique.
Même si nos établissements ne sont plus les lieux de
renfermement qu’ils furent à l’époque
des grandes épidémies, si certains murs protecteurs
sont tombés, la promenade dominicale dans l’enceinte
de l’hôpital n’est pas plus chose courante que
sa vie touristique.
Je suis élu dans un arrondissement de Paris qui abrite, au
sein de ses établissements hospitaliers, une place des Vosges
en modèle réduit : l’œuvre de l’architecte
Claude Vellefaux. Je ne suis pas sûr que sa fréquentation
soit à la mesure de son intérêt esthétique.
Un défi est là, posé aux acteurs politiques,
au plan local aussi bien qu’au niveau de l’Etat sur
la politique culturelle à l’hôpital. Mais, la
transformation d’usage, ainsi que l’entretien de ce
patrimoine maintenu et réaffecté doivent-ils relever
des seuls établissements de santé dont la mission
est le soin, l’enseignement et de la recherche dans un contexte
budgétaire mû par une exigence de maîtrise des
dépenses publiques ?
Héritage pour les générations à venir,
il importe que le patrimoine hospitalier demeure un objet vivant,
adaptable, utile à la société qui l’a
créé. De sa confrontation avec la modernité
naîtra sa vraie valeur : la coexistence harmonieuse entre
l’ancien et le nouvel hôpital Saint-Louis, à
Paris, en est un exemple que l’on retrouve, je n’en
doute pas, dans d’autres capitales européennes.
Si la question du devenir des bâtiments hospitaliers se pose
en terme d’affectation, celle des sites se pose en terme de
planification. La reconversion a un coût que supportent tous
les citoyens au travers de leur contribution aux finances publiques.
Elle fait émerger non seulement la problématique de
la préservation de l’édifice, mais aussi celle
du schéma directeur de la ville renouvelée dans laquelle
les bâtiments ne peuvent à nouveau être isolés.
Les éléments du passé doivent s’inscrire
dans un continuum de création urbaine, même s’il
faut, pour certains, les préserver de façon plus explicite.
Les bâtiments hospitaliers illustrent de manière frappante
l’articulation du monde technique et scientifique avec la
sphère du social et de la politique. Ils portent un témoignage
privilégié de l’histoire de l’architecture
comme de l’histoire de la médecine.
Comme vous l’avez montré au travers de vos débats,
le patrimoine hospitalier qui s’attache aujourd’hui
à prendre en compte la dimension sociale et environnementale
de la santé, reflète un aspect de nos cultures rarement
pris en compte. Les pays européens ont appréhendé
ces problèmes avec des conceptions assez similaires à
travers l’histoire.
L’hôpital est un lieu privilégié pour
communiquer. Il fallait savoir faire et tirer partie des expériences
: c’était tout le sens de ce projet.
Je tiens, pour terminer, à remercier tous les partenaires
de ce projet pour la richesse des débats. Il nous faut désormais
tous ensemble œuvrer pour préparer la renaissance des
hôpitaux à l’avant garde de l’innovation
scientifique, et autour de valeurs partagées d’humanité
et de fraternité.
Comme le disait le poète dont j’aime à citer
les vers : « Le monde sera beau, je persiste et je signe ».
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